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samedi 8 septembre 2007

Bat-ponque



Hop, "réouverture" du blog. Ou plutôt réapprovisionnement compte tenu que l'inspiration s'était fait la malle faute d'envie et de matériel. Mais la rentrée bd a commencé alors rentrons dans le vif du sujet dès maintenant.
Paul Pope est un gars doué. Ce type dessine et scénarise dans son coin depuis un bon moment, c'était un des plus jeunes artistes à percer dans le milieu du comics "underground" (ou small press) et il s'est bien vite fait remarquer par l'industrie. Il mélange à merveille les styles européen, manga et comic pour développer une identité graphique tout à fait atypique. Bref il a plein d'influences, il fait sa cuisine et la sauce prend diablement bien. J'ai commencé à le lire avec Escapo, édité chez Vertige Graphics en France. Cela fait un moment que je connais son nom mais je viens tout juste de pénétrer dans son univers et je compte bien l'explorer encore davantage (son Heavy Liquid va être édité par Dargaud en octobre).
L'oeuvre que je critique aujourd'hui est sans aucun conteste un des comics que j'attendais le plus ces derniers mois. Batman Year 100 (Batman Année 100 chez nous, édité par Panini, bientôt en vente). Batman en 2039 (soit cent ans après sa création par Bill Finger et Bob Kane), dans une Gotham futuriste mais pas tant que ça, différente mais pas vraiment, un Batman vu par un artiste iconoclaste. L'idée brillante est de sortir le personnage de son contexte habituel des séries classiques qui n'en finissent pas. Ici l'histoire a une fin et se suffit à elle même. En termes techniques on appelle ça une mini série, au passage.
Et puis il y a la phrase de Paul Pope qui déclare que son Batman est une "American response to V For Vendetta" (oeuvre majeure d'Alan Moore et David Lloyd qui a changé ma vision de la vie, si si). Bien sûr je n'ai pas complètement pris cette description au premier degré, venant de la part de Pope ça m'aurait étonné quand même. Il n'empêche qu'il n'y a pas de fumée sans feu donc j'allais ouvrir les yeux.

Batman Year 100 est avant tout un régal pour les yeux. L'auteur se déchaine et imprime sa marque sur le personnage et son environnement. Le mélange sauvage des influences crève les yeux, ici des vaisseaux dans le plus pur style manga, là une Gotham dont les ruelles empruntent à la bd européenne, il y a du Hugo Pratt, du Jack Kirby, il y a tout et tout fonctionne. C'est punk, gras, sale, humide, nerveux mais aussi merveilleusement fluide, tout à l'épure et à l'essentiel. La mise en scène met le mouvement à l'honneur sans pour autant se priver de quelques poses bien emblèmatiques (pour qu'on puisse apprécier la façon dont il a redesigné le costume du Batman). Il glisse au passage quelques petites références incontournables de l'identité graphique de Batman, soulignant ainsi à quel point il réinterprête le mythe tout en gardant des points de repères. Points de repères qui se transforment en clins d'oeil facétieux pour ce qui reste avant tout un personnage de papier.
Durant 200 pages ce Batman devient son jouet et il magnifie, comme peu ont réussi à le faire, le fait que Batman n'est pas qu'un super héros comme les autres mais bien une icone pop à part entière. Tout le monde connait Batman, dès lors on peut le décliner à toutes les sauces pour mieux faire ressortir son essence. Paul Pope dessine donc un Batman punk, félin, dégingandé, humain (il saigne, souffre et doit reprendre son souffle) mais aussi fantasmatique, irréel, grotesque et terrifiant. Jeux de fumée, de masque et de cape, effets pyrotechniques, gadgets, rien ne manque. C'est juste beau à se damner, unique et envoûtant. On en redemande des interprétations comme ça. Voilà ce que devrait être les comics super héroïques, des variations/déclinaisons, des histoires indépendantes, des terrains de jeu avec carte blanche pour les auteurs.

La partie scénario maintenant. Force est de le reconnaitre ça ne boxe pas dans la même catégorie que Vendetta (mais comme dit plus haut, ne prenons pas trop cette déclaration au sérieux). Il est un peu regrettable que Pope n'ait pas travaillé avec un scénariste aussi dingue que lui car si il assure niveau graphique, il n'obtient pas le même résultat dans l'écriture. C'est de facture classique, sans rebondissements ni trouvaille de génie. Complot gouvernemental et chasse à l'homme, minimum syndical quoi. C'est d'autant plus dommage qu'une histoire plus osée aurait complétée à merveille une oeuvre qui avait tout pour rentrer au panthéon des meilleurs comics de super héros. Il y a des idées sympathiques quant à la façon dont le Batman se met en scène et surtout un aspect fantastique vraiment intéressant (je n'en dis pas plus mais Pope aime jouer sur les frontières entre réel et légende). Regrettable donc que rien ne décroche la machoire de façon structurelle, juste de fugaces éclairs qui ne concernent que la forme et pas vraiment le fond.
Pour donner une idée on est dans la veine d'un Dark Knight de Frank Miller (il y a d'ailleurs une influence graphique, notamment sur le design grotesque des flics) mais sans le côté jusqu'au boutiste, un peu comme si Pope restait le pied sur le frein (ou plutôt ignorait comment passer la vitesse supérieure). Dans le domaine de la variation autour d'un super héros, Mark Millar avait livré quelque chose avec une réelle valeur ajoutée dans Superman Red Son (la fusée de Superman s'écrase en Ukraine au lieu du Kansas, imaginez l'icone américaine par excellence élevée par le régime soviétique...).

Pour conclure c'est quand même quelque chose à lire, une vision folle et unique, une histoire de super héros/légende urbaine pour adultes de qualité. Dans le top 3 des meilleurs albums sur Batman.

dimanche 8 juillet 2007

Darkseid of The Moon (© Hellboy)



Aujourd'hui, on parle de la plus grande saga jamais engendrée dans la culture populaire. Marthy fais chauffer la Dolorean, nous voici revenu dans les années 70. A cette époque, Marvel (Spider-Man, les 4 Fantastiques, Hulk, Daredevil....) et DC (Superman, Batman...) les deux plus grosses compagnies de comics se livrent une bataille acharnée pour conquérir le lectorat (composé alors, époque bénie, d'enfants voire d'adolescents). Et c'est dans ce climat que Jack Kirby claque la porte de Marvel pour aller chez la concurrence. Là, comme ça à froid, ça ne te parle peut-être pas beaucoup à toi ami lecteur mais faut quand même savoir que le bonhomme, en plus d'être un génie absolu en terme de narration graphique, était aussi le créateur ou co-créateur de personnages comme Captain America, les X-Men, les 4 Fantastiques, Hulk, le Surfer d'Argent... (et il a pour ainsi dire conçu le costume de Spider-Man). Bref, une pointure. Le voilà donc chez DC, où il a les mains libres. Je résume vite l'histoire (hélas car elle est intéressante et emblèmatique de ce qui se passait à l'époque) et bref il se retrouve à dessiner et scénariser 4 séries : Jimmy Olsen Superman's Pal (une série dérivée sur ce boulet de Jimmy Olsen, le pote de Superman qui a toujours le chic pour se trouver dans des situations à la con), The Forever People, The New Gods et Mister Miracle. Et il va tisser des liens entre ses différentes séries pour au final créer un univers cohérent et entièrement nouveau : le Fourth World (personne ne sait pourquoi ça s'appelle comme ça).
Chaque série traite plein de thèmes différents, c'est l'occasion pour Kirby de développer toute une batterie de concepts bien barges. Des hippies à moto, une autoroute magique qui conduit à un complexe gouvernemental secret sous la terre où l'on clone des gens, ça c'est pour
Jimmy Olsen Superman's Pal. Un tricycle qui se téléporte un peu partout et des jeunes qui peuvent fusionner pour faire place à un être supérieur issu d'une dimension spéciale avec The Forever People. Un artiste de l'évasion équipé d'un ordinateur vivant qui l'aide à tromper la mort à chaque fois qu'il s'échappe de pièges diaboliques c'est Mister Miracle. Sans compter l'Astro Force, les Boom Tubes et autres Mother Box...
Et enfin ma série favorite, celle qui structure toute la mythologie : The New Gods (
édité par Bethy il fut un temps, si tu peux te procurer l'album, saute à pieds joints sans hésiter) L'histoire de deux planètes jumelles mais antagonistes : Apokolips et New Genesis. L'enfer et le paradis, l'une gouvernée par le tyran Darkseid à la face de pierre, l'autre dirigée du haut de la cité volante par le High Father, le père spirituel à la barbe blanche. Et au milieu, Orion, le fils maudit qui combat pour New Genesis, porteur d'un terrible secret et pariah volontaire de sa planète. Sans oublier toute la gallerie de personnages secondaires, Lightray au coeur léger, frère d'arme d'Orion, le Black Racer, Forager le héros des Bugs, ces créatures méprisées par les Dieux qui habitent sous la surface de New Genesis... Et puis les méchants, hauts en couleurs et terrifiants, les bougres.

Exposé succintement comme ça, ça peut paraitre manichéen et simpliste (le bien versus le mal, blabla...). Il n'en est rien. Le personnage d'Orion à travers son rapport à la guerre et ses relations avec le High Father est complexe, son histoire est une véritable tragédie grecque (au sens où on sait ce qui va se passer et qu'on ne peut qu'assister impuissants à l'inévitable) et les Bugs sont là pour rappeler que tout n'est pas si rose que ça au "paradis". Le tout est orchestré à la perfection par Jack "The King" Kirby : force du trait, mise en scène wagnerienne, explosive, c'est du concentré de puissance visuelle directement injectée au burin dans ta rétine. C'est beau, c'est fort, c'est vibrant encore aujourd'hui (alors imagine à l'époque où c'est sorti, quand on ne faisait pas d'effets spéciaux par ordinateur !). Pour moi la saga des New Gods balaye les machins comme Star Wars (que j'aime beaucoup quand même, enfin la première trilogie du moins) ou le Seigneur des Anneaux. C'est clairement un cran au dessus, plus ambitieux, mieux construit et surtout porteur d'une vision extraordinaire. Kirby était un pionnier, il traçait des routes pour l'industrie du comics sans jamais regarder en arrière, en se remettant toujours en question. Sans parler de sa façon de traiter de problèmes existentiels et métaphysiques (Mister Miracle où l'art de traiter de la Mort) ou actuels (la jeunesse présente dans les aventures de Jimmy Olsen ou des Forever People). La lecture n'est jamais légère, Kirby a su laisser transparaitre ses problèmatiques et ses angoisses pour que le lecteur s'interroge, balèze pour un morceau de machin de culture populaire.

Actuellement DC réédite (en anglais puisque c'est une compagnie américaine, aucune chance pour qu'on voit ça traduit en France) l'intégralité du Fourth World dans l'ordre chronologique de parution à travers 4 gros volumes (des "omnibus") avec une restauration de la colorisation (et des préfaces qui ont la classe). Je viens de finir le premier (d'où l'article) et il me tarde de commander le second. Je connais l'histoire des New Gods grâce au volume édité par Bethy mais les trois autres séries m'étaient jusqu'à alors inconnues (Mister Miracle a été partiellement édité en France chez Vertige Graphic, cet album doit pouvoir encore se trouver en cherchant bien). Elles sont intéressantes à lire, ne serait-ce que pour le dessin de Kirby mais The New Gods est définitivement ma préférée. C'est un récit colossal, de la dimension des aventures d'Ulysse ou d'Héraclès (quand j'étais petit j'ai un vrai fan de mythologie grecque et je n'ai jamais retrouvé ce souffle épique ailleurs que dans la saga de Kirby). Ça fait rêver, tout simplement...

Pour la triste petite histoire, Jack Kirby est mort en 1994, il n'aura jamais touché un rond de royalties pour tous les personnages qu'il a créés, Marvel comme DC l'aura exploité jusqu'à la moëlle et faute de ventes satisfaisantes il n'aura pas pu finir l'histoire du Fourth World (je verrais ce qu'il en est dans le dernier des quatre volumes mais en tout cas The New Gods a bien une fin, et des plus excellentes qui plus est).







jeudi 28 juin 2007

Troue et Ponce


Enfin de retour après une trop longue absence. Des problèmes avec mon MOdulateurDÉModulateur qui avait grillé. Mais à présent me voilà à nouveau pour entretenir mon blog. Allez hop critique d'un coup de foudre en retard (classé en catégorie Comics mais il s'agit là d'une exception). Coup de foudre parce que Persepolis c'est de la grosse bombe de balle et en retard parce que ça fait un moment que c'est sorti (mais il y a un regain de buzz à cause de la sortie imminente de l'adaptation animée au cinéma qu'il me tarde de découvrir).
L'avantage de ma découverte tardive c'est que j'ai pu acheter l'intégrale de la BD au lieu des 4 petits tomes et ça m'est revenu moins cher. Je conseille à tous ceux qui veulent s'y mettre de faire de même sauf si ils aiment perdre de l'argent.
Alors Persepolis c'est quoi ? Et bien c'est l'autobiographie en bande dessinée de Marjane Satrapi qui nous fait découvrir son enfance en Iran durant la Révolution iranienne, puis son exil durant l'adolescence et enfin les premières années de sa vie d'adulte.
Ce livre est du véritable pain béni pour moi tant mon inculture crasse en ce qui concerne l'histoire iranienne était vaste. Grâce à cette lecture non seulement j'ai acquis pas mal d'éléments culturels et historiques mais surtout j'ai eu le droit à un vrai point de vue sur le pays, ce qui m'a fait sortir de pas mal de clichés que l'on peut avoir sur l'Iran. Donc rien que pour se décoller la rouille des yeux (si tu trouves la référence cinématographique, tu as gagné mon respect mais tu es un geek) ça vaut le coup.
Mais ça n'est pas tout ! On est loin de l'autobiographie chiante et/ou larmoyante, Madame Satrapi sait aussi utiliser l'humour à bon escient que ça soit dans les dialogues ou dans le graphisme. D'ailleurs à ce niveau là c'est impeccable, un noir et blanc encadré par un trait qui convient à merveille au récit. À ce sujet j'ai une petite anecdote. Je parlais de Persépolis à un repas de famille et mon oncle l'avait lu aussi. Il était fan de Satrapi puisqu'il avait aussi Poulet Aux Prunes (que je n'ai pas lu moi) mais quand j'ai commencé à expliquer aux autres qu'il s'agissait d'une bd il a dit "Oh moi j'ai pas vu ça comme une bd." Voici l'échange qui a suivi : "Ben pourtant c'est bien une bd, je vois pas ce que ça peut être d'autre".
"Ouais mais moi j'ai plus lu ça comme une autobiographie."
"Ben on peut faire des autobiographies en bd. Pour toi c'est quoi une vrai bd alors ?"
"Ben Boule et Bill, Tintin, Astérix...".

Nul n'est besoin de dire que j'étais triste et affligé par une telle remarque, la bd a encore du chemin à parcourir avant de se faire une place dans le panthéon de la reconnaissance culturelle... En parlant de ça, L'Association, l'éditeur de Marjane Satrapi est sans doute ce qui se fait de mieux en matière de prétention intellectuelle, à donner des complexes à Télérama.
Enfin bon, achetez les yeux fermés, lisez les yeux ouverts, et puis après allez voir le film (sorti depuis hier).

mercredi 13 juin 2007

Mignola Forever



Le B.P.R.D. (sur leur papier à en-tête ça veut dire Bureau for Paranormal Research and Defense) c'est une agence internationale qui vient régler les problèmes du type zombies dans le jardin, fantômes de dictateurs réincarnés dans des balais à chiottes ou encore petits zenfants possédés par une entité phalloïde supradimensionnelle. Et pour gérer ce genre de boxon, le Bureau fait appel à d'autres monstres (mais des gentils bien sûr ! ), idée de génie non ? Découvrons les donc sans plus attendre (ils sont sur l'image ci dessus), de droite à gauche :
Johann l'homme ectoplasme, Abe l'homme-poisson et Roger l'homoncule. Le premier est un fantôme enveloppé sous plastique qui peut sortir de sa combinaison pour faire plein de trucs psykotélékynétiques, le second de son vrai nom Abraham Sapiens est le leader de l'équipe (et amphibie, on s'en serait douté), et le dernier c'est grosso modo un Pinocchio version grosse brute avec un slip en bois mais gentil comme tout. Il manque un membre illustre de l'agence dans ce joli tableau, il s'agit bien sûr d'Hellboy (mais il n'apparaît pas dans la série, c'est fait exprès).

Je voulais vous en parler au début mais j'ai tellement peiné pour écrire cet article que j'ai décidé de lâcher l'affaire et de remettre ça à plus tard pour éviter de faire trop lourd. Juste pour dire que B.P.R.D. est une série spin-off de Hellboy, voilà.

Alors pourquoi j'aime B.P.R.D. (découvert il y a trois jours et j'ai déja lu les deux premiers volumes sur les 4 publiés par Delcourt, le 5e arrive en juillet) ?
ou Et bien parce qu'il s'agit d'une série qui regroupe plusieurs éléments que j'affectionne particulièrement. Elle est dans la lignée des feuilletons d'aventures comme Sherlock Holmes ou Arsène Lupin, facile d'accès car composée d'histoires indépendantes (même si à mesure que les albums s'enchaînent on assiste à de subtils changements de relations entre les personnages, ce qui fait toujours plaisir convenons-en). Ensuite elle fourmille de petites références littéraires (principalement à la littérature fantastique "mais pas que", chaque scénariste -dont Mignola le papa d'Hellboy - apporte sa touche perso) mais moins qu'Hellboy cependant. Enfin l'ambiance est travaillée à la perfection, du travail d'orfèvre qui nous offre un petit bijou d'humour et d'aventures bien calibrées dans le monde du bizarre. C'est de la création littéraire populaire de haute volée.
Plusieurs équipes artistiques (scénaristes/dessinateurs/encreurs/coloristes) se partagent la tâche et chacun conte sa petite histoire (surtout vrai dans le deuxième album composé exclusivement de courtes aventures, le premier contenant une grosse histoire complété d'une autre de petite taille). Côté scénarios c'est assez solide, classique (donc pas toujours très ingénieux pour les auteurs les moins doués) mais efficace puisque l'esprit est respecté. Côté dessinateurs on a le droit à du surdoué (Ryan Sook sur le premier album) au médiocre (Scott Kolins, qui heureusement est ici moins pire que sur le reste de ses travaux, sans doute parce qu'il laisse le soin au génial Dave Stewart de s'occuper des couleurs) en passant par le talentueux (Guy Davis, Michael Avon Oeming) et l'agréable (Cameron Stewart). Ça valse pas mal niveau graphique (comprenez "il y a beaucoup de styles de dessin différents"), chose que je n'apprécie guère d'ordinaire mais je fais une exception ici, vu le principe de la série. Et puis c'est en général tellement drôle qu'on pardonne aisément (alors que je suis impitoyable avec les séries qui se prennent au sérieux).
Question accessibilité, c'est un peu épineux. La preuve en est que j'ai passé près de quatre heures à m'arracher les cheveux pour essayer de rédiger cet article (ou Comment L'Exhaustivité Est Mère de Lourdeur). En fait il suffit de lire le tome 6 d'Hellboy Le Ver Conquérant sorti chez Delcourt pour aborder B.P.R.D. sereinement (même si des rappels sont faits dans les albums, c'est plus sympa de découvrir l'histoire dans l'ordre). Hormis cette référence (Hellboy bien qu'absent du Bureau a tout de même un poids important), c'est du friendly reader, on plonge dedans direct et on accroche tout de suite aux personnages (je préfère de loin cette équipe aux aventures solo du Gamin de l'Enfer, mais là encore, je veux pas développer pour pas alourdir).

Il y a donc encore beaucoup de choses à dire sur les créations de Mike Mignola, voyez cet article seulement comme une introduction, promis je reparlerai plus en détails d'Hellboy (et aussi du génialissime Screw-On Head tiens !).

P.S. : merci à Aile Bois pour ces précieux conseils en la matière, c'est toujours pratique d'avoir un fan sous la main (allez déchaîne toi dans les commentaires maintenant, il est fait pour toi cet article).

vendredi 8 juin 2007

Sale et malsain


On attaque avec du lourd, du hardos, du poilu. Deux mots sur les responsables d'abord : Chris Weston est sans doute un brave garçon dont la vie, en tout cas c'est un dessinateur britannique très solide, à l'aise pour gribouiller tout et n'importe quoi. Grant Morrison le scénariste, par contre, doit avoir de très très sérieux problèmes mentaux. Pour ceux qui ne savent pas c'est l'un des plus grands noms actuels du comics, une sorte de shaman surdoué capable de sortir des concepts biens barrés et atypiques. Je ne vais pas m'amuser à lister toutes ses oeuvres majeures, ceux qui le connaissent déja n'en n'ont pas besoin et les titres ne parleront pas à ceux qui en entendent parler pour la première fois.
Quand même pour situer, c'est lui qui à l'origine du concept de Matrix. Enfin pas exacement puisque sa série des 90s Invisibles (un véritable chef d'oeuvre philosophico-poético-pop art dingue avec des milliards de références) était mille fois supérieure au film mais bon les frères Wachowski en plus de tout copier n'ont pas été foutu de bien comprendre l'oeuvre de base. Bref passons.

Morrison est donc fou (et sans aucun doute drogué) mais extrêmement talentueux. Alors quand il décide de se "débarasser de toute cette merde psychologique qui le tourmentait depuis la mort de son chat" (dixit Chris Weston dans une interview) ça donne The Filth. Ce qui veut dire "la crasse, la saleté, l'immondice" (tiens d'ailleurs moi je l'ai lu en anglais mais on le trouve en français). Tout un programme.
Et alors si on essaie de pitcher le bazar on est bien embarrassé. Disons que c'est l'histoire de Greg Feely un vieux célibataire qui se rend compte qu'il est un membre de la Main, une organisation policière chargée de maintenir la société au "Statut Q". L'histoire compte 13 chapitres et on assiste aux aventures et déboires de Feely dans un monde pornopsychédélique. Et très coloré. C'est inrésumable, en vérité, faut le feuilleter pour réaliser à quoi on a affaire.

Autant le dire tout de suite, ça n'est pas une lecture qui laisse intacte. C'est un livre absolument dérangeant, sale, pas fait pour un cerveau humain. Il est impossible à lire d'une traite, j'étais obligé de faire des pauses régulières (d'une ou deux journées à chaque fois) le temps de pouvoir assimiler tout ce que je prenais dans les yeux. C'est conçu pour être humainement inacceptable, y a plein de trucs auxquels on ne peut pas adhérer, c'est de la folie pure (le livre est bien foutu d'ailleurs parce que lorsqu'on l'ouvre au hasard, on tombe partiquement à chaque fois sur une des images les plus atypiques, je vous laisse découvrir...).

Mais ça n'est pas du n'importe quoi, n'importe comment. Tout est construit à la perfection, c'est chirurgicalement parfait, tant dans la mise en scène (Weston sait dessiner et agencer ses cases !) que dans le scénario. Car Morrison aborde des problèmatiques profondes, que ça soit au premier degré (on parle quand même d'une super police spéciale chargée de garder les gens dans un statut quo mental, mais ça va plus loin que ça, la notion même du statut est plus subtil que l'idée de base "apathie mentale de dictature") ou dans un registre plus profond, de l'écriture et la création en elle même (le magnifique plan sur la mer d'encre et les bateaux stylo). Et puis encore une réflexion sur le genre super héroïque dans le comics.

Je l'ai dit, on ne sort pas indemme de la lecture de The Filth, en tout cas pas moi. Je crois qu'on n'est pas habitué à un truc pareil, c'est simple au cinéma ça serait carrément inenvisageable (bien sûr qu'il y a des films de psycho mais encore faudrait-il qu'ils soient aussi intelligents que The Filth) en livre "classique" je n'ai pas non plus goûté à un truc aussi osé (mais là ça doit exister tout de même). Je le conseille à tous, ça ne laisse personne indifférent et puis c'est l'occasion de découvrir une oeuvre vraiment (bien en rouge là, le mot a tendance à être allègrement galvaudé par les marchands de soupe) atypique.

Le derniet mot sera sur l'emballage. Les couvertures (une par chapitre, celle choisie pour l'édition française est la moins bien d'ailleurs) sont classieuses mais la force du truc c'est que la bd ressemble à une boite de médicaments. Et l'avant propos est une liste des effets secondaires et contre indications de l'album ! Au dos on trouve les symptômes qui peuvent pousser à lire The Filth dont les douleurs à l'âme et l'insomnie dans un simple espace tridimensionnel....

Alors n'hésitez plus et foncez vers votre pharmacie le plus proche !

Comics n'est pas un pote d'Astérix


On ouvre la catégorie bédé avec une mise au point. Un petit mot déja sur ce que j'entend par "bédé". En fait je parlerai principalement (on pourrait même dire exclusivement) de comics, c'est à dire de bande dessinée américaine. C'est un medium très riche, que l'on ne saurait réduire au seul genre super héroïque (bref les comics ça n'est pas que Superman ou des trucs bourrins violents dégueu avec des filles à gros nichons dedans pour ados attardés). J'aime bien enfoncer les portes ouvertes donc je le répète, la bande dessinée américaine c'est aussi un panel d'artistes extrêmement talentueux, sensibles, et encore plein d'adjectifs qui font classe...

De par le fait, je ne lis pas de ce qu'on appelle la BD "franco-belge" (pour la majorité ce sont des albums grand format cartonnés de 48 pages). Bien sûr je connais mes classiques comme Astérix, Lucky Luke, Tintin, etc, j'adore tout ce que fait Gotlib mais ce sont là des oeuvres d'un certain âge, bref moi je ne goûte pas à ce qui se fait de moderne (et je ne m'en vante pas car je suis sûr que je passe à côté de pas mal de trucs).

De même, le manga et moi c'est non. Là aussi le format me rebute un peu, même si je n'ai pas d'apriori sur le noir et blanc. Je n'ai pu lire qu'une seule série en manga, c'était Monster et si j'ai aimé le scénario je suis vraiment resté de marbre face au graphisme. Tout ce qui est codes narratifs et trait du dessin me bloque complètement. C'est vraiment léger de juger un genre sur une seule oeuvre et je m'en garde bien, simplement, en feuilletant de ci de là, je ne peux que me rendre à l'évidence que rien ne m'attire dans le manga. Et là aussi, c'est loin d'être intelligent puisque je passe à côté d'oeuvres majeures (rien que NonNonbâ de Shigeru Mizuki ou le très populaire Quartier Lointain que personne ne m'a encore prêté) mais c'est comme ça.

Je préfère consacrer mon temps (de lecture et de recherche) et mon argent à la bande dessinée américaine. J'y trouve réellement mon compte, ça fait plus de 3 ans que je suis entré dedans (en empruntant la voie du comics de super héros pas forcément de la meilleure qualité, comme beaucoup de gens). Ce fût un réel un plaisir de découvrir progressivement des artistes, du vocabulaire technique (pour mettre des mots sur ce qu'on apprécie ou pas), des genres différents, des sensibilités variées aussi.
Si je suis aussi fan de ce que font les anglo-saxons c'est sans doute parce que j'apprécie davantage le graphisme "cartoony" (la plupart des mes dessinateurs préférés maitrisent ce style), ça doit venir de mon autre passion, celle pour l'animation (l'objet d'un futur article). Les comics sont une passion complète car d'un côté je peux lire des oeuvres un peu intellos pour faire bien dans l'étagère et dans les discussions (alibi culturel mais aussi ouverture de l'esprit pour de vrai) et de l'autre je peux me gaver d'histoires décomplexées de super héros qui s'envoient des mandales (et soyons honnêtes, c'est jouissif) ou alors de séries qui surpassent à l'aise tout ce qu'on peut voir à la télé (on en reparlera mais déja je balance le nom : Vertigo). Bref que du bonheur, en plus impossible d'être pris au sérieux avec. Et c'est aussi un plaisir sans cesse renouvelé de faire découvrir de la bonne bd à quelqu'un.